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Traduction française : Abu Ibrahim al-Kurdy

Télécharger la fatwâ en arabe : حكم الترحم والإستغفار على الميت المبتدع


[Question :] Honorable shaykh Sulaymân ibn Nâsir al-’Ulwân ― puisse Allah le préserver ! ―, quel est le statut d’implorer la miséricorde et le pardon pour le défunt innovateur ?

[Réponse :] Le défunt innovateur dont l’innovation ne le fait pas sortir de l’Islam prend le statut du commun des musulmans. Il est légitime de prier sur lui, et l’accomplissement de cette prière n’est pas un devoir qui incombe à tout le monde. On implore également le pardon, la miséricorde et l’agrément [d'Allah] pour lui.

Je ne connais personne parmi les adeptes de la Sunna affirmant qu’il est interdit d’implorer la miséricorde et le pardon pour le défunt innovateur de manière absolue. Cette parole est celle des Khârijites qui s’excommunient (al-Khawârij al-mâriqûn) et des gens de l’égarement qui dévient de la vérité.

Le fondement universel (al-asl al-jâmi’) dans cette question consiste à croire que, quiconque a affirmé qu’ « il n’y a de divinité [en droit d'être adoré] qu’Allah et que Muhammad est l’Envoyé d’Allah » (lâ ilâha illAllah, Muhammad rasûl Allah) et qu’il n’est pas tombé, à notre connaissance, dans une mécréance évidente, on prie sur lui et on implore le pardon pour lui. Lorsqu’Allah le Très-Haut a interdit d’implorer le pardon pour les associateurs dans Sa parole Il n’appartient pas au Prophète et aux croyants d’implorer le pardon en faveur des associateurs, même comptant parmi leurs proches [1] , ce [verset] fut une preuve sur la permission d’implorer le pardon pour les gens de l’innovation, les pécheurs et ceux qui comptent parmi les gens de la Qibla [2].

D’aucuns ont pensé que l’interdiction qui émana de certains Prédécesseurs (salaf) quant au fait de prier sur ces gens constitue une preuve sur l’interdiction d’implorer la miséricorde pour eux. Ceci relève de la fausse conjecture qui contredit le Livre, la Sunna et le consensus.

Les musulmans, en orient comme en occident, ont toujours prié sur tout individu ayant manifesté l’Islam et n’étant pas tombé, de ce que l’on sait, dans une hypocrisie [majeure] ou n’ayant pas apostasié, auquel cas la prière sur lui serait interdite. Il est donc interdit de considérer le délaissement de cette prière sur un individu n’étant, à notre connaissance, ni tombé dans une hypocrisie [majeure] ni commis une mécréance comme un acte nous rapprochant d’Allah, s’il ne réside pas dans ledit renoncement un intérêt manifeste. Certains imams du salaf empêchaient de prier sur les gens de la passion et ceux qui se livraient ouvertement aux péchés, afin que les adeptes de l’innovation cessent leurs innovations et que les pécheurs s’abstiennent de se livrer à leurs convoitises. Mais cela fut en vue de réprimander ce qui est blâmable et de parvenir à ce qui relève de l’intérêt général des musulmans ; agir ainsi est permis pour ce qui relève d’un intérêt, et il existe, de même, d’autres manières d’agir que celle-ci dans la Législation (shar’).

Le Messager ― qu’Allah prie sur lui et le salue ! ― a délaissé la prière sur celui qui s’est suicidé. Ceci est rapporté par Muslim dans son Sahîh, 978. Il a également délaissé la prière sur celui qui avait une dette et qui ne s’en est pas acquitté, puis il dit aux musulman : « Priez sur votre compagnon. » Ce hadîth est rapporté par al-Bukhârî, 2298, et Muslim, 1619. Il délaissa aussi la prière sur le ghâl [3]. Cette Tradition est rapportée par Ahmad t. 4, p.286, Abû Dâwud, 2710, Al-Nasâ`ï t. 4, p. 64, et Ibn Mâjah, 2848, et il y a une divergence vis-à-vis de la chaîne de transmission de ce hadîth [4].

Le shaykh al-Islam Ibn Taymiyya — qu’Allah lui fasse miséricorde ! — a dit dans [Majmû'] al-fatâwâ t. 23, p. 286 : « Il est permis d’implorer le pardon et de prier sur toute personne musulmane n’étant pas tombé, à notre connaissance, dans l’hypocrisie [majeure]. Bien plus, ceci est légiféré et ordonné. Ainsi dit le Très-Haut : Sache donc qu’en vérité, il n’y a point de divinité à part Allah, et implore le pardon pour ton péché, ainsi que pour les croyants et les croyantes. [5] » Il dit également dans [son livre] Minhâj al-Sunna t. 5, p. 235 : « Tout musulman qui n’est pas connu comme étant un hypocrite, il est autorisé d’implorer le pardon pour lui et de prier sur lui, quand bien même il serait détenteur d’une innovation ou que se trouverait en lui une perversion. Cependant, le fait de prier sur lui est un devoir qui n’incombe pas à tout le monde. En effet, s’il réside dans le renoncement à la prière sur le propagateur de l’innovation ou la personne qui se livre ouvertement à la perversité un intérêt qui consiste en la dissuasion des gens de l’imiter, il est tout à fait légitime [pour certaines personnes influentes] de ne pas prier sur lui. [Il faut entendre par personnes influentes] des personnes qui, par leur renoncement à célébrer une telle prière, contribuent efficacement à dissuader les gens de commettre des péchés de ce genre. [6] »

En somme, l’imploration du pardon pour les associateurs et les mécréants est légalement interdite, les preuves qui vont en ce sens sont nombreuses et cela fait l’objet d’un consensus. Mais l’imploration du pardon pour les autres catégories de personnes qui comptent parmi les gens de la Qibla est légitime et, à part les Khârijites et les Mu’tazilites, personne ne va à l’encontre de ce principe. Les Khârijites sont la première [secte] à avoir rendu mécréants les gens de la Qibla par les péchés ; ils croient que tel acte est un péché alors qu’il n’en est pas un et jugent licite le sang des musulmans. Le Messager — qu’Allah prie sur lui et le salue ! — les a décrit en disant qu’ « Ils tuent les gens de l’Islam et laissent là les idolâtres. » Cette Tradition est rapportée par al-Bukhârî, 3344, et Muslim, 1064, selon Abû Sa’îd. Les Mu’tazilites sont d’accord avec les Khârijites sur le fait que les auteurs de grands péchés s’éterniseront au Feu et qu’il est interdit d’implorer le pardon et la miséricorde [d'Allah] pour eux. Cependant, ils divergent avec eux sur le statut de ces pécheurs ici-bas. [Pour eux], ils sont dans une position intermédiaire (manzila bayna manzilatayn), ils ne les considèrent ni comme des croyants pour lesquels il est légitime de demander le pardon ni comme des mécréants damnés. Cette profession est vaine/erronée (bâtil), et beaucoup d’arguments le prouvent. Le Très-Haut a dit : […] et Il vous a fait détester la mécréance, la perversité et la désobéissance. [7]

[Dans ce verset], Allah a fait une distinction entre la mécréance, la perversion et la désobéissance, en les hiérarchisant en trois classes : — la mécréance ; — la perversion qui n’est pas de la mécréance ; — la désobéissance qui est une classe en deçà de la perversion, et elle concerne le pécheur qui n’est pas un pervers. Les Khârijites ne comprennent pas cette réalité et font de la perversion une mécréance.

Le Très-Haut a dit : Et si deux groupes de croyants se combattent, faites la conciliation entre eux. Si l’un d’eux se rebelle contre l’autre, combattez le groupe qui se rebelle, jusqu’à ce qu’il se conforme à l’ordre d’Allah. Puis, s’il s’y conforme, réconciliez-les avec justice et soyez équitables car Allah aime les équitables. Les croyants ne sont que des frères. Établissez la concorde entre vos frères, et craignez Allah, afin qu’on vous fasse miséricorde. [8]

[Ici], Allah a décrit les deux groupes qui se combattent comme étant des croyants et des frères et ordonna de faire la conciliation entre eux. Ce verset fait parti des meilleurs arguments utilisés contre les Kharijites et ceux qui rendent mécréant par les péchés.

Au Très-Haut de dire également : « Allah ne pardonne pas qu’on Lui associe personne, mais Il remettra un crime moins grave à qui Il veut. [9] » Allah a certainement remis ce qui est un crime moins grave que l’association à sa Volonté, [s'Il veut, Il lui pardonne, et s'Il veut, Il le châtie], et une telle personne n’est pas mécréante comme le disent les Khârijites. Les ahâdîth de l’intercession et de la sortie du Feu des pécheurs monothéistes sont rapportés selon des chaînes multiples de transmetteurs et sont des arguments décisifs (qâdiya) contre la doctrine des Khârijites et des adeptes de l’Irjâ` [10].

Il est rapporté dans le Sahîh de Muslim, 116, par la voie Hammâd ibn Zayd, selon Hajjâj al-Sawwâf, selon Abû al-Zubayr, selon Jâbir, qu’Al-Tufayl ibn ‘Amr al-Dawsî est venu auprès du Messager — qu’Allah prie sur lui et le salue ! — et lui dit : « Ô Envoyé d’Allah ! Pourquoi n’as-tu pas une forteresse et des gardes qui te protègeront de tes ennemis (comme la forteresse qu’avaient les Daws durant la période anté-islamique) ? » Le Messager — qu’Allah prie sur lui et le salue ! — refusa alors cela à celui qu’Allah épargna pour les Auxiliaires.

Lorsque le Messager d’Allah — qu’Allah prie sur lui et le salue ! — émigra à Médine, al-Tufayl ibn ‘Amr et avec lui un homme de son peuple y émigrèrent aussi. Toutefois, ils supportèrent mal le climat de Médine. L’homme tomba donc malade. Supportant alors mal les affres de la maladie, il prit des flèches aux pointes larges et coupantes et s’ouvrit les jointures des doigts, ce qui lui causa une hémorragie à laquelle il succomba. Par la suite, al-Tufayl ibn ‘Amr le vit en rêve et vit qu’il avait une apparence agréable mais qu’il avait les mains bandées. Il lui dit : “ Qu’est-ce qu’Allah a décidé à ton sujet ? ” Il lui répondit : “ Il m’a pardonné dû au fait que j’avais émigré vers Son Messager — qu’Allah prie sur lui et le salue ! — ” [Al-Tufayl] lui demanda : “ Comment se fait-il que je voie tes mains bandées ? ” Il répondit : “ Il m’a été dit : “ Nous n’allons pas restaurer chez toi ce que toi-même tu as gâché. ” Al-Tufayl vint ensuite raconter ce rêve à l’Envoyé d’Allah — qu’Allah prie sur lui et le salue ! —. L’envoyé d’Allah — qu’Allah prie sur lui et le salue ! — fit alors l’invocation suivante : “ Ô Allah ! Pardonne aussi à ses mains. ” »

Ce hadîth authentique est l’un des meilleurs arguments utilisés contre le Khârijites qui rendent mécréant par les grands péchés, et contre les Murjia qui affirment que les péchés ne nuisent pas. Et Allah est plus Savant.

Sulaymân b. Nâsir al-’Ulwân.
Le 11/06/1421 de l’Hégire

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[1] N.d.t : Coran, al-Tawba – IX, 113.

[2] N.d.t : on entend par les gens de la Qibla tous ceux qui se dirigent dans leurs prières vers la Qibla, à la Mecque. Les savants ont employé ce terme par référence au hadîth du Prophète ― qu’Allah prie sur lui et le salue ! ― que rapporte al-Bukhârî dans son Sahîh : « Quiconque prie comme nous prions, se tourne vers notre Qibla et mange de la bête que nous égorgeons est un Musulman ayant droit à la protection (dhimma) d’Allah et de Son Messager, ne trahissez donc pas Allah dans la protection qu’Il vous accorde. »

[3] N.d.t : « Le ghâl, dit l’imam Ibn Qudâma, c’est celui qui cache son butin ou une partie de celui-ci pour sa propre personne exclusivement. », Al-mughni.

[4] N.d.t : Le sens apparent de cette expression « […] et il y a une divergence vis-à-vis de la chaine de transmission de ce hadîth. » (wa fî isnâdih ikhtilâf) ne signifie pas qu’il y a une divergence entre les savants sur le statut de ce hadîth, c’est-à-dire sur son autorité canonique, auquel cas le shaykh — qu’Allah le préserve ! — aurait dit : « concernant l’autorité canonique de ce hadîth, il y a une divergence », ou bien : « concernant son authentification, il y a une divergence », ou d’autres formes d’expression semblables. Ici, le plus patent est que cette divergence concerne plutôt la description de la chaîne de transmission du hadîth en question, à savoir, par exemple, si cette chaîne remonte jusqu’au Prophète — qu’Allah prie sur lui ou le salue ! — (marfû’) ou bien s’il s’arrête à un de ses compagnon (mawqûf), etc. Et Allah demeure le plus Savant.

[5] N.d.t : Coran, Muhammad – XLVII, 19.

[6] N.d.t : Le terme sous-entendu par (man kân yuaththiru tarku salâtih) est « personnes influentes ». Ibn Taymiyya — qu’Allah lui fasse miséricorde ! — fait allusion aux détenteurs de l’autorité, aux imams des mosquées, aux grands savants et aux gens influents en général. Si ces gens-là renoncent à pratiquer la prière mortuaire sur le pervers ou l’innovateur, leur attitude se fait sentir au sein de la communauté.

[7] N.d.t : Coran, al-Hujurât – XLIX, 7.

[8] N.d.t : Coran, al-Hujurât – XLIX, 9, 10.

[9] N.d.t : Coran, al-Nisâ` – IV, 48, Traduction Jacques Berque. L’essai de traduction le plus approprié que j’ai pu lire, à ce jour, de ce noble verset est celui de Jacques Berque, cité plus haut. La traduction revenant habituellement de ce verset et celle du Royaume d’Arabie Saoudite : Certes Allah ne pardonne pas qu’on Lui donne quelqu’associé. A part cela, Il pardonne à qui Il veut. Cependant, cette translation ne rend pas tout à fait le sens du présent verset et fait même ressortir une connotation négative de son sens, puisque l’on pourrait croire, à sa lecture, qu’à part l’association, Allah — Gloire et Pureté à Lui ! — pardonnera au serviteur tout péché. Ce qui est foncièrement faux. J’en veux pour preuve qu’Allah le Très-Haut ne pardonnera également pas la mécréance qui ne relève pas de l’association. Pour épauler mes dires, je donnerais ces deux versets en exemple. Le Très-Haut dit : Ceux qui ont mécru et obstrué le chemin d’Allah puis sont morts tout en étant mécréants, Allah ne leur pardonnera jamais. (Muhammad, 34.) Au Très-Haut de dire également : Ceux qui ne croient pas et qui meurent mécréants, il ne sera jamais accepté d’aucun d’eux de se racheter même si pour cela il (donnait) le contenu, en or, de la terre. Ils auront un châtiment douloureux, et ils n’auront point de secoureurs. (Âl ‘Imrân, 91.) Ces exemples sont bien sûr non exhaustifs et les versets allant en ce sens sont nombreux. C’est d’ailleurs cela qui fut explicité par l’imam al-Tabarî — qu’Allah lui fasse miséricorde ! — dans le commentaire de ce verset de la Sourate al-Nisâ` lorsqu’il dit : « Allah ne pardonne certainement pas qu’on lui associe personne et que l’on mécroit en Lui. »

[10] N.d.t Les Murjia sont ceux qui font sortir l’acte de la foi (al-îmân) et n’en font qu’une condition de perfection (shart kamâl) et non de validité (shart sihha) de celui-ci. Pour eux, le foi ne se limite qu’à une reconnaissance/adhésion du cœur (tasdîq) et une parole de la langue, notamment les deux attestations du monothéisme. Les actes, pour eux, ne sont pas inclus dans la foi, mais ils ne sont là que pour la parfaire. Leur parole emblématique est célèbre : « L’abandon de l’acte ne nuit pas à l’authenticité de la foi. » À l’instar donc de certains soufis qui ont divisé la Religion en une réalité intérieure et une réalité extérieure, exotérique et ésotérique (bâtin wa dhâhir), à l’instar également de ceux qui ont divisé le Livre et la Tradition en un sens propre (haqîqa) et en un sens métaphorique (majâz), tout comme certains qui ont divisé la Religion en un jus et en épluchures, et d’autres qui ont divisé la Tradition (sunna) du Prophète — qu’Allah prie sur lui et le salue ! — en ce qui est rapporté par une seule chaîne de rapporteur (hadîth âhâd) et en ce qui est rapporté par des chaînes multiples de rapporteurs (hadîth mutawâtir), cette secte, à l’instar des précédentes, est venu séparer entre la foi et l’acte. Cette doctrine est contraire à celle que professent les adeptes de la Sunna et de la communion (ahl al-Sunna wa-l-jamâ’a) qui eux définissent la foi comme étant parole et acte, sans séparer l’un de l’autre. En revanche, ce n’est pas tout acte qui est considéré comme étant comme une condition de validité de la foi (shart sihha) chez les adeptes de la Sunna, mais uniquement tout acte dont l’abandon conduit la personne à l’association (shirk) ou à la mécréance (kufr), son accomplissement devient alors une condition de validité de la foi. Il en va de même pour tout acte défini par le Livre et la Tradition comme étant du shirk ou du kufr, l’abandonner devient alors une condition de validité de la foi.

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Le Minhaj (Voie) de Ahlou Sounna wa-l-Jama'a ce qui veut dire la voie de la Sounna et du Concensus, ou bien le minhaj des Salaf-Sâlih la voie des pieux prédécesseurs, tout cela revient au même c'est la voie à laquelle nous restons ferme, cette voie c'est celle du Prophète sala Allahu alayhi was Salam.

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